NumPalaba #2026-1 : A la recherche des ethnonymes

 

Un peuple sans nom propre finit toujours par se projeter dans le monde avec une nostalgie de la volonté de puissance. Il s’enferme dans les schèmes de celui qui le domine, même si le joug direct est parti. Le nom manquant devient alors un chagrin, une béance. Une béance que d’autres comblent, que d’autres exploitent. Une béance. Qui se transmet de génération en génération, comme une dette née de nulle part, que nul n’a contractée, sans créancier ni débiteur, qui n’a jamais eu lieu, et qui pourtant se transmet, dont tous héritent : cause, effet et conséquence d’elle-même.

Dans le Grassland camerounais, trois ensembles humains partagent un même substrat… civilisationnel, un même souffle, une même manière d’habiter le Monde et d’interagir avec les Génies. Ils forment ce que nous avons appelé (temporairement) le Pays TÁTINT’Ə. A savoir. Le Royaume Bamoun : un territoire, un peuple métissé, des institutions, une authenticité qui se dit et se transmet depuis des siècles. Les Chefferies et Royaumes éparpillés sur le « Plateau Bamiléké » : un mot récent, à peine un siècle et demi. Rassemblées autour de la vigueur, ses populations sont portées par la fièvre et, dispersées, toujours. Un nom qui nomme sans dire ni ses racines ni ses ailes, qui rassemble et pourtant peine à incarner l’Unité. Les populations du Nord-Ouest — Kom, Nso, Bafut, Widikum, Chamba-Bali et tant d’autres — qui, chacune avec ses originalités et son art, cousinent avec les uns et les autres par les généalogies et les rites. Pourtant elles ne disposent d’aucun nom-propre-en-commun pour se dire ensemble. Sans parole pour se reconnaître dans les fragments partagés du même miroir de sens.

Non pas retrouver des noms perdus dans la nuit des temps, mais reconstruire. Se choisir ses noms. Voici la préoccupation qui ouvre cette palabre. Des noms qui ne soient ni des étiquettes posées de l’extérieur, ni des sobriquets mais des actes de restauration de Volonté et de Vérité. Des noms pour consolider une impulsion commune, une résonance partagée, une force susceptible de balayer les traumatismes d’hier et de rouvrir le chemin de la puissance en commun.

Cherchons.
Ensemble. Proposons.
Confrontons. Débattons.

Et que de cette palabre naisse ce que nous n’avons pas encore osé nommer.

–> C’est par ici que l’on passe ! <– 

NB : Même si vous n’êtes pas du Pays TÁTINT’Ə, vous pouvez participer.
Depuis CHEZ VOUS, à partir de vos propres forces et projections.